Des scientifiques de l'Institut Pasteur ont découvert que les microbes peuvent protéger les poumons du développement ultérieur d'allergies et d'asthme, et que cette « mémoire » de protection à long terme est portée par les fibroblastes (cellules structurelles des poumons), et non par les cellules du système immunitaire. Ces résultats, publiés dans Nature Immunology, ouvrent de nouvelles perspectives pour le développement de stratégies de prévention des allergies respiratoires.

L'augmentation des allergies respiratoires et de l'asthme dans les pays industrialisés, et la théorie selon laquelle l'exposition aux microbes pourrait prévenir les allergies, manquaient auparavant d'un mécanisme clair. L'équipe de l'Institut Pasteur, dirigée par Gérard Eberl et Lucy Perduto, a validé cette théorie expérimentalement. En exposant les poumons de souris à des fragments viraux ou bactériens, déclenchant une réponse immunitaire de type 1, ils ont constaté que les souris étaient totalement protégées pendant au moins six semaines lors d'une exposition à un allergène ; une exposition préalable aux fragments microbiens protégeait les souris pendant plus de trois mois contre des réactions ultérieures. En l'absence de cette protection initiale, les souris exposées à un allergène développaient une réaction intense, avec une accumulation d'éosinophiles dans les poumons, et une réaction allergique aggravée lors d'une nouvelle exposition.
Concernant le lieu de stockage de cette mémoire protectrice, on pensait généralement que les cellules associées au système immunitaire (cellules B et T) en étaient les principaux acteurs, mais une analyse détaillée des cellules pulmonaires a révélé le rôle crucial des fibroblastes. Perduto explique que cette mémoire immunitaire provient des fibroblastes, et non des cellules du système immunitaire. Les fibroblastes constituent la structure des poumons, favorisent la réparation, soutiennent et dirigent les cellules immunitaires. Leur rôle clé découle d'une modification épigénétique du gène Ccl11, qui code pour la molécule CCL11 responsable du recrutement des éosinophiles. Amy Blond explique que lorsque la réponse immunitaire de type 1 est déclenchée dans les poumons, le gène Ccl11 dans les fibroblastes est bloqué pendant une longue période, et cette modification épigénétique peut persister pendant des mois, protégeant ainsi les poumons des réactions allergiques.
Cette découverte ouvre plusieurs voies cliniques : l'utilisation précoce de médicaments stimulant la réponse immunitaire de type 1 (comme l'OM-85) pourrait offrir une prévention durable des allergies ; les fibroblastes pourraient devenir une cible thérapeutique, et de futures thérapies pourraient corriger leur programmation épigénétique. L'équipe explore maintenant comment transformer cette découverte en traitements, et cherche à répondre à des questions telles que la durée de la protection allergique chez les enfants, les moyens de la réaliser, et si les personnes présentant des symptômes allergiques peuvent retrouver une mémoire protectrice.
Détails de la publication : Auteurs : Jaechan Ryu et al., Titre : « Long-term suppression of protease allergy through initial immune cross-regulation and epigenetic memory in lung interstitial cells », Publié dans : Nature Immunology (2026), Informations sur la revue : Nature Immunology












