fr.wedoany.com Rapport : Dans son dernier avertissement aux investisseurs, IBM a reconnu que, n’ayant pas su anticiper les changements dans la structure des dépenses technologiques des grandes entreprises, ses revenus et bénéfices devraient être inférieurs aux attentes du marché. En fin de trimestre, les clients ont redirigé une partie de leurs investissements prévus vers les serveurs, le stockage, la mémoire et les équipements réseau, afin de sécuriser au plus vite les composants nécessaires à l’intelligence artificielle et à l’infrastructure, ce qui a retardé la conclusion de plusieurs contrats logiciels majeurs dans les délais prévus.
Ce signal indique que le cycle d’investissement dans l’IA n’élargit pas automatiquement les dépenses globales du secteur des TIC, mais commence à empiéter sur certains budgets logiciels. Lorsque les entreprises doivent choisir entre des licences d’applications et une infrastructure de calcul limitée, les puces, la mémoire, l’alimentation et la capacité des centres de données sont souvent prioritaires. Cette pression est particulièrement visible dans le secteur des mainframes, où les grands clients, traditionnellement dépendants de mises à niveau à long terme et de contrats logiciels complexes, voient désormais ces décisions reportées. Cela signifie que les directeurs financiers et les directeurs techniques ne considèrent plus l’IA comme une dépense expérimentale supplémentaire, mais comme un projet qui redéfinit les priorités d’investissement.
Le secteur du logiciel subit ainsi de nouvelles pressions liées à l’IA générative. Les outils d’IA utilisés pour écrire du code, automatiser le support client, analyser des documents et gérer des données soulèvent une question centrale : si les clients attendent davantage de fonctionnalités pour un coût identique ou inférieur, le modèle SaaS actuel peut-il maintenir ses prix ? Les fournisseurs qui proposent l’IA uniquement comme un module complémentaire plus coûteux risquent de se heurter à la résistance des utilisateurs, tandis que ceux qui parviennent à transformer l’IA en une productivité mesurable se trouvent dans une position plus favorable.
Parallèlement, l’importance de la cybersécurité ne cesse de croître. Des modèles plus avancés permettent de détecter plus rapidement les vulnérabilités, mais ils accentuent également la pression sur les entreprises en matière d’investissements dans la défense, la révision de code, le chiffrement et la gestion des identités. Cela explique pourquoi une partie des budgets ne se dirige pas seulement vers le matériel, mais aussi vers les plateformes de sécurité protégeant les nouvelles infrastructures d’IA. Les logiciels plus étroitement liés à la sécurité, à l’automatisation opérationnelle et au cloud hybride pourraient être mieux protégés contre les coupes budgétaires.
Pour les entreprises en Europe et ailleurs, cette tendance a des implications pratiques. Les budgets 2026 et 2027 ne pourront plus être établis comme des postes distincts pour le cloud, les applications, la sécurité et l’infrastructure ; les projets d’IA relient tous ces éléments en une seule décision d’investissement. Si la hausse des prix de la mémoire et des serveurs se poursuit, les entreprises devront justifier plus précisément le retour sur investissement de chaque licence logicielle, et les fournisseurs devront démontrer comment leurs outils s’intègrent dans des flux de travail d’IA concrets, au-delà de simples démonstrations de transformation numérique.
Dans les trimestres à venir, l’essentiel sera de distinguer les contrats reportés d’une baisse permanente de la demande. Si les clients ne font que retarder leurs signatures en attendant de sécuriser leur infrastructure, les revenus logiciels pourront combler une partie du déficit ; si les budgets se déplacent durablement vers le matériel et la sécurité, les fournisseurs devront adapter leurs modèles économiques.
Pour les directeurs des systèmes d’information et les directeurs financiers, cela change la manière de mesurer les priorités. Le modèle où les contrats logiciels étaient presque automatiquement renouvelés est de plus en plus souvent confronté à une question : quelle est sa contribution concrète à l’automatisation, à la sécurité ou aux revenus ? Dans ce contexte, les plateformes capables de s’intégrer profondément aux données, aux identités, aux outils de développement et aux systèmes métiers existants performent mieux, tandis que les applications isolées peinent à résister aux coupes. L’IA n’est plus seulement un module complémentaire de production, mais un filtre d’investissement que toutes les autres dépenses technologiques doivent traverser.
Cette pression s’étend également au secteur des services professionnels. Les clients exigent des intégrateurs et des cabinets de conseil qu’ils raccourcissent les cycles, fournissent des indicateurs de retour sur investissement plus clairs et réduisent les projets qui restent au stade de la démonstration sans entrer en production. Les contrats seront de plus en plus liés à des résultats, comme la réduction des temps de traitement, l’automatisation de processus spécifiques ou la diminution des risques de sécurité. Dans les trimestres à venir, les éditeurs de logiciels qui ne parviennent pas à montrer comment ils s’intègrent dans l’infrastructure d’IA pourraient subir une double pression : d’un côté, un matériel plus coûteux qui grignote les budgets d’investissement, et de l’autre, des clients qui attendent une valeur accrue de leurs applications existantes sans vouloir augmenter les prix proportionnellement.










