fr.wedoany.com Rapport : L'État de San Luis Potosí, dans le nord du Mexique, a adopté une réforme du droit pénal qui prévoit des sanctions pénales pour les abus de l'intelligence artificielle, tels que les deepfakes. Le Congrès de l'État a approuvé cette réforme en novembre 2025 par le décret n° 0314, et les dispositions correspondantes ont été publiées au Journal officiel de l'État. Elles concernent la manipulation d'images, de sons et d'identités numériques, la diffusion de fausses informations et la création de contenus falsifiés susceptibles de troubler l'ordre public ou la confiance du public dans les institutions publiques. Selon la gravité des faits, les peines prévoient un à six ans d'emprisonnement et une amende.

Cette réforme, appelée « Loi Serrano » (Ley Serrano), du nom de son principal promoteur, le député local Héctor Serrano, ajoute de nouvelles dispositions au code pénal de l'État de San Luis Potosí et crée un chapitre intitulé « Abus de l'intelligence artificielle provoquant une panique sociale ». La loi prévoit des sanctions pour trois catégories d'actes liés à l'abus de l'intelligence artificielle : la première vise la création, la modification, la manipulation ou la diffusion de contenus imitant des personnes réelles, utilisant des images ou des sons générés par l'intelligence artificielle sans consentement préalable, explicite et éclairé, punissable d'un à trois ans d'emprisonnement et d'une amende de 11 000 à 35 000 pesos mexicains (environ 670 à 2 010 dollars américains), soit 100 à 300 fois l'Unité de Mesure et de Mise à Jour (UMA). La peine peut être augmentée jusqu'à 50 % si le contenu est diffusé, commercialisé ou utilisé à des fins lucratives, ou s'il porte atteinte à l'honneur, à la réputation ou à la vie privée d'autrui. La deuxième vise la création, la modification ou la diffusion de contenus faux ou manipulés générés par l'intelligence artificielle dans le but de provoquer une panique publique ou de troubler l'ordre social, punissable de deux à cinq ans d'emprisonnement et d'une amende de 23 000 à 47 000 pesos mexicains (environ 1 340 à 2 680 dollars américains), soit 200 à 400 fois l'UMA. La peine peut être augmentée jusqu'à 50 % si le contenu est diffusé par des médias, des plateformes numériques, des réseaux sociaux ou des comptes automatiques ou anonymes simulant des informations réelles. La troisième vise la création ou la diffusion de contenus simulant des déclarations, des communiqués ou des actions des autorités, des institutions publiques ou des forces de sécurité, dans le but de saper la confiance du public ou de compromettre la sécurité nationale, punissable de trois à six ans d'emprisonnement et d'une amende de 35 000 à 70 000 pesos mexicains (environ 2 010 à 4 020 dollars américains), soit 300 à 600 fois l'UMA. La peine peut être augmentée jusqu'à 50 % si l'acte est commis dans le cadre d'un processus électoral, de sécurité publique ou judiciaire, ou s'il provoque un désordre ou des dommages aux biens publics.
L'initiative de cette loi a débuté en octobre 2025, lorsque des vidéos prétendument réalisées par des membres du crime organisé, accusant le gouverneur Ricardo Gallardo, ont circulé sur les réseaux sociaux. Le gouverneur a nié l'authenticité du matériel, affirmant que les vidéos avaient été créées par l'intelligence artificielle, et a ensuite souligné la nécessité d'élaborer une réglementation pour punir l'abus de ces outils. Le député Héctor Serrano Cortés a soumis une proposition qui a finalement conduit à cette réforme. La réglementation stipule que les infractions doivent être intentionnelles et avoir un but spécifique, ne sanctionnant pas l'utilisation de l'intelligence artificielle en soi, mais son utilisation pour porter atteinte à la vie privée, provoquer une panique publique ou saper la confiance dans les institutions. Parallèlement, la réforme exclut la responsabilité pénale pour les contenus générés par l'intelligence artificielle à des fins journalistiques, académiques, artistiques, satiriques ou de critique politique, à condition qu'ils ne soient pas destinés à causer un préjudice.
La « Loi Serrano » est contestée par des organisations de défense des droits numériques et de la liberté d'expression. La Commission nationale des droits de l'homme (CNDH) a intenté une action en inconstitutionnalité, demandant à la Cour suprême de justice de la Nation (SCJN) d'examiner la conformité des dispositions de la réforme avec la Constitution mexicaine. L'organisation « ARTICLE 19 », pour sa branche Mexique et Amérique centrale, a soumis un mémoire d'« amicus curiae » demandant à la Cour suprême de déclarer les dispositions concernées nulles, estimant que les infractions ne définissent pas clairement les concepts liés à l'intelligence artificielle, aux contenus synthétiques ou générés artificiellement, et contestant le manque de critères objectifs pour des termes tels que « panique publique », « paix sociale », « confiance du public dans les institutions » ou « sécurité nationale ». L'organisation souligne que les exceptions pour les contenus journalistiques, académiques, artistiques, satiriques ou de critique politique pourraient être insuffisantes, car elles exigent de prouver l'absence d'intention, ce qui pourrait transférer la charge de prouver la légalité de l'acte à la personne enquêtée. En outre, l'organisation met en garde contre le caractère potentiellement disproportionné des peines prévues, et l'imposition de sanctions pénales pour l'expression numérique pourrait avoir un effet dissuasif sur la liberté d'expression. Le Réseau de protection des droits numériques (R3D: Red en Defensa de los Derechos Digitales) a également souligné que la réforme présente un risque pour la liberté d'expression, les nouvelles infractions pouvant être utilisées pour intimider ou persécuter des journalistes, des militants ou d'autres voix critiques. Sans définitions précises et garanties suffisantes, cette réglementation pourrait être utilisée comme un mécanisme de censure numérique.
Le débat sur la réforme se poursuit dans l'État de San Luis Potosí. Le 30 juin 2026, le Congrès de l'État a clos sa session ordinaire, laissant trois propositions en attente visant à modifier ou abroger la réforme. Les députés ont convenu de reporter l'examen de ces propositions à septembre 2026 et ont annoncé l'organisation de forums pour discuter d'éventuelles modifications.






