fr.wedoany.com Rapport : Le paysage des télécommunications français s’apprête à connaître un bouleversement majeur. Un accord, présenté comme l’une des plus importantes transactions du secteur en Europe, prévoit le démantèlement du deuxième opérateur du pays, SFR, et son rachat par trois concurrents. Après des négociations prolongées le mois dernier, la valeur d’entreprise de cette transaction et les montants payés par chaque acheteur restent conformes aux propositions formulées lors du lancement des discussions en avril dernier.

Selon l’accord, Bouygues acquerra 42 % des actifs de SFR, incluant 5,9 millions de clients B2C, 500 000 clients du service MVNO Prixtel, le réseau mobile de SFR dans les zones peu denses, son infrastructure filaire B2B, ainsi que son réseau FTTH dans les zones très denses. Iliad obtiendra 31 % des parts, en acquérant la marque low-cost de SFR, RED, ce qui lui apportera 6 millions de nouveaux clients, ainsi que 1,6 million de clients B2C de SFR et 400 000 clients de petites entreprises. Orange recevra les 27 % restants, reprenant 4,9 millions de clients actuellement servis par la division B2C de SFR, ainsi que ses marques MVNO Régio, Syma et Coriolis. Le spectre de SFR sera réparti entre Bouygues, Iliad et Orange, Orange obtenant 47 MHz et Iliad 50 MHz. Altice a indiqué que l’indemnité de rupture, comprise entre 100 millions et 200 millions d’euros, sera partagée à parts égales entre les trois parties. La valeur d’entreprise finale pourrait également varier légèrement, en fonction d’une éventuelle clause de complément de prix de 650 millions d’euros, ou d’une possible réduction du prix à la clôture en fonction des performances financières de SFR. Par ailleurs, des clauses relatives à la dette et au respect des engagements du vendeur pourraient également influencer le prix.
Cette transaction devra encore faire l’objet d’un examen rigoureux par les autorités de régulation à Paris et à Bruxelles. Le rapport Draghi de 2024 avait exhorté les législateurs à adopter une attitude plus indulgente en matière de fusions-acquisitions afin d’améliorer la compétitivité mondiale de l’Europe, mais la réponse de l’UE dans le secteur des télécommunications – la loi sur les réseaux numériques – a déçu l’industrie. Cette méga-transaction française est considérée comme un test décisif de l’attitude actuelle de l’UE en matière de consolidation majeure du marché. Altice se montre pragmatique quant au travail considérable restant à accomplir avant la finalisation de la transaction, qui pourrait intervenir au second semestre de l’année prochaine.
Si la transaction aboutit, Kester Mann, directeur de la consommation et de la connectivité chez CCS Insight, estime qu’elle apportera le plus grand bouleversement dans le secteur français des télécommunications depuis l’arrivée du quatrième opérateur mobile, Iliad, en 2012. Selon lui, cet accord semble être un résultat réussi pour toutes les parties. Pour Altice, le plus grand changement se reflétera dans son bilan, dont la dette nette s’élève actuellement à environ 15,6 milliards d’euros. Une fois la transaction conclue, la clientèle totale de Free, filiale d’Iliad, dépassera les 31 millions en France, tandis que Bouygues deviendra le deuxième opérateur de télécommunications du pays, derrière Orange, avec une augmentation de 50 % de sa base d’abonnés fixes. Cela renforcera également la position d’Orange en tant que premier opérateur de télécommunications en France.
Christel Heydemann, directrice générale d’Orange, a déclaré que cette annonce stratégique marque une étape décisive sur le marché le plus important pour le groupe, renforçant sa position de leader et soutenant les ambitions de son plan « Trust Future ». Elle a ajouté que, dans un monde numérique en pleine accélération, la France a besoin d’opérateurs capables d’investir massivement et durablement dans les infrastructures et les services numériques. Benoît Torloting, directeur général de Bouygues, a indiqué qu’à l’occasion du 30e anniversaire de l’entreprise, cette transaction constitue un jalon historique dans son développement, faisant de Bouygues Telecom le deuxième opérateur de télécommunications en France, avec l’engagement de mieux servir ses clients. Thomas Reynaud, directeur général d’Iliad, a souligné que cet accord est une bonne nouvelle non seulement pour Free, mais aussi pour l’ensemble du marché français des télécommunications. Il a précisé qu’il s’agit d’un secteur nécessitant des investissements toujours plus importants dans les réseaux, la cybersécurité, les services cloud et l’intelligence artificielle, et qu’il a donc besoin d’acteurs solides ; la souveraineté numérique ne se décrète pas, elle nécessite des financements. Dans ce contexte, Free restera Free et continuera à bouleverser le marché français avec la même détermination en matière d’innovation, de simplicité et de tarification équitable. Il a également mentionné que cette transaction fournira à l’entreprise davantage de ressources pour investir, la rapprochant de son objectif de devenir le premier opérateur de télécommunications alternatif en France et le troisième de l’Union européenne.
Bien que les perspectives soient prometteuses, démanteler un opérateur national et intégrer ses actifs à trois acheteurs différents, tout en devant obtenir l’accord des régulateurs et des syndicats de salariés et maintenir les opérations, constitue indéniablement une tâche ardue. Sauf interruption soudaine, ce n’est que le début d’une longue histoire qui s’étendra sur plusieurs années.
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