fr.wedoany.com Rapport : La ville de La Haye, aux Pays-Bas, a publié fin juin 2026 une vision de gestion du littoral couvrant l’horizon 2100 et au-delà, dont le cœur est le projet intitulé « Ville derrière les dunes » (City Behind the Dunes). Ce plan prévoit de créer, le long de la station balnéaire de Scheveningen, une bande de dunes d’environ 200 mètres de large grâce à un rechargement continu en sable et à une gestion dynamique des dunes, transformant ainsi la protection côtière d’un projet ponctuel en un besoin structurel s’étendant sur plusieurs décennies.
Seule grande ville néerlandaise directement située sur le littoral, La Haye fait de ce projet un cas d’étude important pour l’adaptation des zones urbaines denses à la montée du niveau de la mer sans recourir à des murs en béton. Ce plan s’inspire de l’expérience du projet Zandmotor, situé à proximité, qui a vu le dépôt d’environ 21,5 millions de mètres cubes de sable en 2011 pour un coût d’environ 70 millions d’euros, et a été jugé réussi après une décennie d’évaluation. Le tronçon de Scheveningen est le plus difficile à défendre de toute la côte : sa promenade maritime est fixe, l’arrière-pays est dense et économiquement précieux, et il manque la zone tampon naturelle de dunes que l’on trouve sur les côtes rurales. Le nouveau plan propose de développer un nouveau système de dunes côté mer, repoussant et épaississant le littoral vers la mer, plutôt que de simplement le maintenir en place.
Les prévisions nationales indiquent que le niveau de la mer le long des côtes néerlandaises pourrait augmenter d’environ 30 centimètres à 1,2 mètre d’ici 2100, et pourrait approcher les 2 mètres si la fonte de la calotte glaciaire antarctique s’accélère. La Haye s’exprime de manière proactive sur le plan politique, cherchant à intégrer ses priorités locales dans les décisions avant la mise à jour du Plan Delta national en 2027. Cette vision est décrite comme une orientation stratégique plutôt qu’un plan fixe, permettant à la ville de se faire une place dans la planification nationale de la protection contre les inondations.
La substance commerciale de ce plan réside dans les besoins d’approvisionnement à long terme générés par le rechargement continu en sable. Depuis les années 1990, les Pays-Bas maintiennent la position de leur littoral par un rechargement régulier en sable, et la montée du niveau de la mer augmentera les coûts au fil du temps, transformant le rechargement d’un projet occasionnel en une catégorie d’approvisionnement structurelle. Les ports nécessitent toujours des infrastructures dures, et la municipalité de La Haye reconnaît que le port de Scheveningen pourrait finalement nécessiter un système de barrière anti-tempête ou d’écluses, ce qui est conforme au principe traditionnel néerlandais des travaux du Delta : « défense souple en priorité, défense dure en complément ».
Noor Ikkar, conseillère municipale chargée de l’adaptation climatique, souligne que la position unique de La Haye, seule grande ville sur le littoral, lui confère à la fois des valeurs multiples (loisirs, commerce, etc.) et le défi de la montée du niveau de la mer. Le monde des affaires local adopte une attitude pragmatique face au plan : le président de l’association des entrepreneurs de la promenade maritime de Scheveningen déclare qu’explorer la sécurité de la ville derrière les dunes est une direction importante, et que préserver la vue sur la mer est une considération clé, mais que l’inaction n’est pas une option ; le président de l’association des exploitants de plages insiste sur le fait que La Haye doit être une ville côtière, et non une ville dans l’océan.

La valeur de démonstration mondiale de cette vision ne doit pas être négligée. L’expertise côtière néerlandaise est en soi un produit d’exportation, et la technologie de « construction avec la nature » a déjà été appliquée à des projets à l’étranger, comme dans le Norfolk au Royaume-Uni, et suscite l’intérêt de recherches aux États-Unis, au Vietnam, en Afrique du Sud et en Indonésie. Pour les secteurs du génie maritime et de l’adaptation côtière, le plan de La Haye montre que les investissements côtiers sont de plus en plus souvent planifiés sur des cycles séculaires plutôt que sur des cycles budgétaires.










