Orange et Morrison créent une coentreprise de centres de données en France avec un investissement de 3 milliards d’euros
2026-07-28 10:42
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fr.wedoany.com Rapport : L’opérateur de télécommunications français Orange et la société néo-zélandaise de gestion d’actifs d’infrastructures Morrison ont annoncé lundi la conclusion d’un accord exclusif pour créer une coentreprise de centres de données sous contrôle conjoint en France. Cette coentreprise repose sur un plan d’investissement de 3 milliards d’euros, combinant les actifs d’Orange, les apports en fonds propres de Morrison et un financement par emprunt, avec une capacité opérationnelle cible de 400 mégawatts, soit environ dix fois la capacité actuelle d’Orange.

Orange développe une activité de centres de données en France d’une valeur de 3 milliards d’euros, financée depuis la Nouvelle-Zélande

Selon l’accord, Orange apportera à la nouvelle entité cinq de ses centres de données situés en France, tandis que Morrison fournira des financements en fonds propres pour étendre la plateforme sur une base initiale. Les deux entreprises considèrent cette transaction comme un « produit souverain » visant à renforcer la souveraineté numérique européenne et à répondre à la croissance rapide de la demande en cloud et en IA des clients d’Orange et d’Orange Business. Elles soulignent également que l’électricité française est l’un des systèmes électriques les moins émissifs d’Europe.

Le cadre de propriété de cette coentreprise présente un aspect complexe. Morrison, fondée en 1988 et basée à Wellington, en Nouvelle-Zélande, est une société de gestion d’actifs d’infrastructures dont le portefeuille comprend Infratil, l’opérateur britannique Kao Data, CDC Data Centres et Vodafone Nouvelle-Zélande. Cela signifie que la moitié des parts de cette nouvelle entreprise « souveraine » de centres de données en France sera détenue par un gestionnaire de fonds néo-zélandais. Cette structure de participation n’est pas rare dans les transactions d’infrastructures en Europe, mais elle complique le discours sur la « souveraineté ».

Cette coentreprise est le résultat final d’un processus lancé par Orange l’année dernière. À l’époque, Orange prévoyait de lever jusqu’à 500 millions d’euros en vendant une participation minoritaire dans son activité de centres de données en France afin de financer un plan d’investissement dans l’IA. Selon Telecompaper, citant L’Informe, Morrison a remporté l’appel d’offres face à Vauban Infrastructure Partners et Macquarie pour devenir l’acheteur privilégié. L’ampleur de la transaction annoncée dépasse largement une simple vente de participation minoritaire ; Orange obtient finalement une plateforme de croissance sous contrôle conjoint plutôt qu’un simple apport de liquidités, ce qui indique une évolution de sa stratégie au cours du processus.

Selon les observateurs du secteur, la capacité est une contrainte dure pour le développement de l’IA en Europe, et 400 mégawatts représentent un ajout significatif. Des études avertissent que les ambitions souveraines de l’Europe en matière d’IA pourraient être entravées par les limites de capacité des centres de données. Actuellement, AWS, Microsoft Azure et Google Cloud détiennent ensemble environ 70 % des parts du marché européen du cloud. La loi européenne sur le développement du cloud et de l’IA vise à multiplier par au moins trois la capacité de l’UE au cours des cinq à sept prochaines années pour faire face à cette concentration.

Il existe un débat au sein du secteur sur la question de savoir si l’augmentation de la capacité européenne peut se traduire par une véritable indépendance. Les critiques estiment que les arrangements de GPU en tant que service renforcent l’illusion d’une souveraineté européenne en matière d’IA, car, quelle que soit la localisation physique des racks, les puces sous-jacentes et la majeure partie de la pile logicielle proviennent toujours des États-Unis.

Du point de vue de l’environnement politique, le plan de souveraineté technologique de l’UE a pris des mesures pour réduire la dépendance vis-à-vis des clouds américains et relancer la stratégie des puces, créant ainsi une prime pour les capacités localisées. Sur le plan énergétique, Bruxelles exige que les grandes entreprises technologiques alignent les centres de données IA sur les objectifs climatiques, ce qui fait du réseau électrique français, principalement nucléaire, un avantage concurrentiel important.

Pour l’instant, il ne s’agit que d’un accord exclusif. Les deux entreprises prévoient de signer un accord définitif d’ici la fin 2026 et de finaliser la transaction au premier trimestre 2027, sous réserve de la consultation des instances représentatives du personnel et de l’obtention des approbations réglementaires. Par ailleurs, Orange poursuit également d’autres voies pour accroître sa capacité, ayant soumis une offre conjointe avec Iliad en mai pour un projet européen de gigafactory IA de 10 milliards d’euros en France. Les analystes soulignent que l’opérateur de télécommunications Orange a décidé de faire de la possession d’infrastructures de calcul une activité centrale plutôt qu’accessoire. Le chiffre clé à surveiller n’est pas les 3 milliards d’euros, mais les 400 mégawatts, car les capacités annoncées en Europe dépassent souvent les capacités réellement livrées, et la connexion au réseau, plutôt que le financement, est devenue le véritable goulot d’étranglement.

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