L'extraction du lithium au Chili et ailleurs : un coût environnemental et social, 2 millions de litres d'eau par tonne
2026-06-05 16:13
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fr.wedoany.com Rapport : La transition énergétique entraîne une demande croissante de minéraux essentiels comme le lithium, mais les coûts environnementaux et sociaux de son extraction à grande échelle suscitent une profonde réflexion au sein du secteur et au-delà. L'électrification des transports, le déploiement des énergies renouvelables et l'utilisation généralisée des batteries rechargeables ont fait du lithium, autrefois une ressource relativement marginale, un élément clé pour soutenir une économie à faible émission de carbone. Cependant, son processus d'extraction constitue en lui-même un défi.

L'extraction du lithium présente un paradoxe complexe. Selon les estimations, la production d'une tonne de lithium nécessite jusqu'à 2 millions de litres d'eau, alors que la majeure partie de l'offre mondiale provient de régions arides appelées le « triangle du lithium » (Argentine, Bolivie et Chili), où l'on utilise la méthode d'évaporation pour extraire le lithium des saumures souterraines. Cette méthode suscite des inquiétudes concernant les aquifères de haute montagne et les écosystèmes humides, essentiels pour la biodiversité et les communautés dépendant de ressources en eau rares. Par exemple, dans le désert d'Atacama au Chili, les activités d'extraction ont attiré l'attention des défenseurs de l'environnement.

En Europe, des tensions similaires existent. En Espagne, le projet de lithium de San José de Valdeflórez, à Cáceres, fait face à une forte opposition sociale en raison de sa proximité avec la ville et de son impact environnemental potentiel, bien que le projet se soit tourné vers l'extraction souterraine et prévoie d'utiliser des technologies de réduction des émissions. Au Portugal, le projet de lithium à Covas do Barroso, dans la région de Barroso, a provoqué des protestations des habitants et des écologistes, car la région est reconnue par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) comme un système agro-pastoral traditionnel, bien que le gouvernement portugais considère ce projet comme un actif stratégique national.

Ester Boixereu, géologue et chercheuse à l'Institut géologique et minier d'Espagne (IGME-CSIC), souligne que nous vivons actuellement un changement de paradigme technologique, où il faut remplacer les technologies basées sur la combustion de combustibles fossiles par des technologies de batteries rechargeables. Elle indique que le problème réside dans le fait que cette transition nécessite une grande quantité de matériaux, et que la technologie lithium-ion est actuellement la solution la plus viable sur le plan industriel et commercial. Elle insiste sur la nécessité d'extraire suffisamment de lithium du sous-sol pour fabriquer de nouvelles batteries, mais souligne également que l'industrie minière européenne a réalisé des progrès en matière de durabilité environnementale ces dernières années, et que, à long terme, l'avantage global de remplacer les hydrocarbures par des technologies d'énergie renouvelable est indéniable.

La dépendance à l'égard de minéraux comme le lithium a étendu le débat du domaine climatique à la géopolitique. La Chine domine les maillons clés de la chaîne de valeur mondiale des batteries, y compris le raffinage des matériaux et la fabrication finale. L'Europe, quant à elle, cherche à réduire sa dépendance par le biais d'initiatives telles que la « Loi européenne sur les matières premières critiques », en promouvant des projets considérés comme stratégiques pour la sécurité de l'approvisionnement. Cependant, Pedro Fresco, directeur général de l'Association des entreprises du secteur énergétique de Valence (Avaesen), estime qu'il est contradictoire de parler d'autonomie stratégique tout en refusant d'extraire les minéraux sur son propre territoire. Il souligne que le problème ne réside pas dans l'exploitation minière en elle-même, mais dans la manière dont elle est menée, et que l'Europe dispose de réglementations environnementales strictes qui peuvent garantir une extraction avec un impact minimal. Il rappelle également que la résistance sociale ne concerne pas uniquement le lithium ; les énergies renouvelables, les lignes de transport d'électricité et d'autres infrastructures sont confrontées à des situations similaires. Il est possible de gérer la production de lithium de manière transparente, participative et en partageant les bénéfices, afin d'atténuer l'impact sur les zones d'extraction.

Le recyclage du lithium est techniquement possible, mais Pedro Fresco souligne qu'en Espagne, il n'est généralement pas effectué ; les déchets contenant du lithium sont plutôt exportés, et il faudra des décennies pour mettre en place une infrastructure de recyclage à une échelle suffisante. Parallèlement, des alternatives comme les batteries au sodium émergent. Óscar Miguel Crespo, directeur adjoint du stockage d'énergie chez CIDETEC Energy Storage, indique que les batteries au sodium peuvent se passer de métaux critiques comme le lithium, le cobalt ou le nickel. Il explique que le sodium est abondant et n'est pas considéré comme une matière première critique, mais que cette technologie en est encore à ses débuts, avec une densité énergétique plus faible, ce qui rend difficile un remplacement complet du lithium. Elle pourrait trouver des applications dans les systèmes de stockage d'énergie stationnaires ou les petits véhicules urbains, contribuant ainsi à réduire la dépendance au lithium, sans toutefois le remplacer entièrement.

L'Europe améliore la transparence de sa chaîne d'approvisionnement grâce à des outils numériques. L'Union européenne prévoit de lancer un passeport numérique pour les batteries à partir de 2027, pour certaines catégories de batteries, fournissant via un code QR des informations sur la source des matériaux, le taux de recyclage et l'empreinte environnementale. Ester Boixereu, chercheuse à l'IGME-CSIC, estime que cette mesure peut renforcer la compétitivité européenne et empêcher que des produits fabriqués dans des régions aux réglementations environnementales ou sociales moins strictes ne concurrencent les produits européens sur les prix. Pedro Fresco prévient que cet outil peut être à la fois un avantage concurrentiel et une pure bureaucratie, et que son impact dépendra de sa mise en œuvre correcte.

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