Aux États-Unis, un hélicoptère largue 6 000 troncs dans une rivière de 38 km pour restaurer l’habitat
2026-06-18 14:43
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fr.wedoany.com Rapport : Dans le centre de l’État de Washington, un projet de restauration utilisant un hélicoptère pour larguer plus de 6 000 troncs dans une rivière isolée de 38 km est en cours. Ce projet vise à inverser la dégradation de l’habitat causée par le retrait humain du bois au cours des dernières décennies, à reconstruire un environnement propice au saumon et à la truite, tout en relevant les défis liés au réchauffement climatique et aux ressources en eau.

Un hélicoptère largue 6 000 troncs dans une rivière isolée de l’État de Washington, restituant le bois que les biologistes avaient retiré de l’eau afin de reconstruire l’habitat

Ce projet bouleverse les pratiques dominantes d’il y a environ 40 ans. À l’époque, lorsque le biologiste Scott Nicolai a commencé à s’intéresser à la restauration des cours d’eau, l’idée dominante était de retirer les troncs de l’eau, considérant que le bois accumulé constituait un obstacle pour la circulation des poissons et entravait le débit des ruisseaux, l’objectif étant d’avoir une eau propre et rapide. Cette approche, qui considérait la rivière comme une infrastructure de drainage plutôt que comme un système vivant, a conduit à une simplification des berges, à une perte de relief du lit de la rivière, et finalement à une réduction des abris pour les poissons, à la disparition des fosses profondes et à une rétention insuffisante du gravier.

Aujourd’hui, Nicolai, biologiste de l’habitat de la Nation Yakama, se trouve au cœur de ce changement de logique. Le bois est désormais considéré comme un élément clé de l’écosystème fluvial, avec des fonctions telles que : créer une complexité environnementale pour offrir un abri ; modifier le courant pour creuser des fosses profondes ; stocker le gravier comme lit de frai pour le saumon et la truite ; et fournir une base aux insectes aquatiques, soutenant ainsi le réseau trophique de la rivière.

L’ampleur de cette intervention est rare. Le projet couvre plus de 38 km de rivières et de ruisseaux sur la réserve Yakama et les terres environnantes, impliquant des propriétaires fonciers privés, le Service des forêts des États-Unis, le Département de la pêche et de la faune de l’État de Washington, ainsi que le Département des ressources naturelles. Le projet est financé par huit organismes différents, dont la Bonneville Power Administration, et implique six organisations partenaires, telles que The Nature Conservancy et le Mid Columbia Fisheries Enhancement Group. L’accent est mis sur la restauration des tronçons dégradés par le surpâturage, la construction de chemins de fer pour l’exploitation forestière et le nettoyage des cours d’eau par les premiers biologistes.

Les besoins logistiques expliquent l’utilisation de l’hélicoptère. De nombreux tronçons sélectionnés ne sont plus accessibles par la route, ce qui limite les méthodes de restauration traditionnelles par camion et engins. L’hélicoptère soulève les troncs depuis une zone de stockage et les largue directement sur les sites isolés. Le transport suit un protocole précis : le pilote accroche quatre troncs de taille standard sous un câble et se dirige vers le tronçon cible. Au sol, les biologistes marquent les points de largage avec des rubans de signalisation roses et bleus. Rien que pour le tronçon de la Little Naches, il est prévu de larguer 1 000 troncs.

Les troncs ne sont pas choisis au hasard ; le mélange comprend du sapin de Douglas, du sapin grandissime et du cèdre, provenant des récoltes d’éclaircie forestière en haute altitude réalisées par The Nature Conservancy. Reese Lolley, responsable de la restauration forestière et des incendies pour l’État de Washington, indique que l’idée est de restaurer l’ensemble du paysage, en transformant les résidus de coupe en structures écologiques.

Les biologistes utilisent des rubans de signalisation roses et bleus pour indiquer au pilote de l’hélicoptère où placer les troncs. La rivière Little Naches nécessite la mise en place de 1 000 troncs.

L’effet hydrologique est au cœur du projet. Une fois dans la rivière, les troncs réduisent la vitesse du courant, permettant à l’eau de s’accumuler et d’augmenter la recharge des eaux souterraines. Nicolai compare ces zones à des éponges, capables de disperser l’eau dans la plaine inondable et de la restituer lentement au ruisseau, créant ainsi un stockage supplémentaire et contribuant à refroidir les eaux qui se réchauffent. Phil Rigdon, directeur du département des ressources naturelles de la Nation Yakama, souligne que ce changement consiste à apprendre de ses propres erreurs pour rechercher une meilleure gestion des rivières.

Un hélicoptère est utilisé pour transporter les troncs de la zone de stockage vers les ruisseaux nécessitant une restauration mais devenus inaccessibles par la route. Il s’agit du plus grand projet de restauration de cours d’eau jamais entrepris dans le Nord-Ouest.

Des personnes regardent l’hélicoptère soulever un tronc dans les airs.

Le projet ne concerne pas seulement les poissons. Avec le réchauffement climatique, le stockage de l’eau dans les systèmes fluviaux devient crucial, en particulier pendant les périodes de chaleur et de sécheresse. Les rivières dotées de bois, de fosses profondes et de connexions avec la plaine inondable peuvent retenir l’eau, la libérer lentement et maintenir des zones profondes et fraîches, permettant à la rivière de retrouver son état naturel. Le projet a également une dimension humaine : pendant les opérations de l’hélicoptère, les dirigeants tribaux ont prié pour la réussite du projet, espérant que la terre retrouve son aspect d’origine. L’ancien président de la tribu, Jerry Meninick, a résumé l’esprit du projet en disant qu’il s’agit de rendre à cette terre ce qui lui appartient.

Un tronc est déposé dans la rivière Little Naches.

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