fr.wedoany.com Rapport : Yara International a accepté d’acquérir l’usine d’ammoniac de Gulf Coast Ammonia, située à Texas City, au Texas, pour 1,3 milliard de dollars, afin de sécuriser une capacité de production américaine à faible coût. Annoncée le 2 juillet, cette transaction permet au plus grand négociant d’ammoniac au monde de détenir une installation d’une capacité annuelle de 1,3 million de tonnes, marquant ainsi son expansion la plus audacieuse en Amérique du Nord depuis des années.
Cette acquisition redessine le paysage concurrentiel des engrais azotés aux États-Unis. En possédant entièrement cette usine à circuit unique de grande taille, Yara accède directement à un marché réputé pour son gaz naturel bon marché, se mesurant ainsi aux acteurs locaux CF Industries et Nutrien. La dépense de 1,3 milliard de dollars porte les dépenses d’investissement totales de Yara à 2,5 milliards de dollars en 2026.
Yara North America a racheté l’usine à GCA Holdings, une entité affiliée à Lotus Infrastructure Partners et MB Energy, pour un montant de 1,3 milliard de dollars, ajusté en fonction du fonds de roulement. L’acquisition comprend le circuit de synthèse de l’ammoniac, les installations de stockage associées et les droits exclusifs d’utilisation des infrastructures de chargement et de déchargement sur site. Cette installation, d’une capacité nominale d’environ 1,3 million de tonnes par an, est encore en phase de mise en service et devrait atteindre progressivement une exploitation stable et complète d’ici fin 2026.
L’hydrogène, l’azote et autres utilités seront fournis par Air Products dans le cadre d’un contrat à long terme, en utilisant le plus grand réseau de pipelines d’hydrogène des États-Unis. Cette structure permet à Yara de posséder l’usine d’ammoniac tout en s’approvisionnant en gaz de synthèse auprès de fournisseurs externes, un modèle similaire à son exploitation en coentreprise à Freeport, au Texas, que Yara décrit comme ayant démontré une grande fiabilité. Himanshu Saxena, président-directeur général de Lotus Infrastructure Partners, a déclaré que l’ammoniac est « une matière première importante et en pleine croissance ».
Quelques jours avant cette acquisition, Yara avait décidé de se retirer du Louisiana Clean Energy Complex, un projet pour lequel elle était en négociations avancées pour acquérir des actifs d’ammoniac auprès d’Air Products, dans le cadre d’un contrat d’enlèvement d’hydrogène bas carbone sur 25 ans. Yara a indiqué que le rendement du projet louisianais ne répondait pas à ses critères d’investissement et a laissé entendre qu’elle réaffecterait ses capitaux à d’autres opportunités liées à l’ammoniac aux États-Unis. L’usine de Gulf Coast Ammonia incarne cette réorientation. Les deux transactions placent Air Products au cœur de la stratégie américaine de Yara. Outre l’opération de Texas City, Yara a confirmé qu’elle finalisait un accord de commercialisation et de distribution avec Air Products concernant l’ammoniac renouvelable du projet NEOM Green Hydrogen en Arabie saoudite, dont Air Products est le seul acheteur pour une production annuelle pouvant atteindre 1,2 million de tonnes.
Le gaz naturel représente la majeure partie des coûts variables de production de l’ammoniac. L’usine de Gulf Coast expose Yara directement aux prix du Henry Hub. L’entreprise considère cette acquisition comme un moyen de diversifier son exposition énergétique et d’améliorer la compétitivité de son empreinte mondiale en matière d’ammoniac, afin de réduire sa dépendance au gaz naturel européen, plus coûteux. Par rapport aux producteurs de la côte américaine du Golfe, les concurrents européens paient plusieurs fois le prix du gaz naturel, subissant un désavantage structurel durable en matière de matières premières. Les perturbations de l’approvisionnement au Moyen-Orient liées au détroit d’Ormuz maintiennent les marchés de l’ammoniac et des engrais azotés tendus jusqu’en 2026, soulignant la valeur stratégique d’une capacité fiable sur la côte américaine du Golfe pour les acheteurs d’engrais et industriels.
Avec cette capacité supplémentaire de 1,3 million de tonnes, Yara dispose désormais d’une capacité exclusive sur la côte du Golfe pour approvisionner son propre système d’engrais et ses clients industriels, plutôt que de dépendre du marché au comptant. Les analystes estiment que cette initiative intensifie la concurrence avec CF Industries et Nutrien, qui bénéficient déjà du gaz naturel nord-américain bon marché et ont alimenté une vague de consolidation sur la côte américaine du Golfe. Sur le plan bilanciel, cette acquisition s’inscrit dans le cadre des dépenses d’investissement liées à l’ammoniac que Yara a présentées lors de sa Journée des marchés financiers (Capital Markets Day) en janvier 2026. L’entreprise indique que cette transaction porte son ratio dette nette/EBITDA pro forma de 1,00 au premier trimestre à 1,73, restant ainsi dans le cadre de sa politique d’allocation de capital, et réaffirme son objectif de notation de crédit BBB/Baa2.
La production initiale de l’usine de Gulf Coast Ammonia sera de l’ammoniac gris conventionnel, mais Yara précise que le site offre une voie progressive vers une production bas carbone, en fonction de l’évolution réglementaire et de la viabilité financière. Le défi immédiat réside dans l’exécution : porter l’usine, encore en mise en service, à sa capacité nominale de 1,3 million de tonnes d’ici fin 2026, tout en évitant les dépassements de coûts. La capacité de Yara à reproduire à Texas City la fiabilité de son site de Freeport déterminera si ce pari de 1,3 milliard de dollars portera ses fruits, alors que le gaz naturel américain conserve son avantage.










