fr.wedoany.com Rapport : Lors de l’événement sectoriel « Telecom Italia – Édition estivale » qui s’est tenu récemment, plusieurs directeurs généraux des principaux opérateurs télécoms italiens ont débattu du cloud, de l’intelligence artificielle, des réseaux 5G et de la souveraineté. Les participants s’accordent à dire que la partie d’échecs de l’innovation numérique est profondément liée aux infrastructures télécoms et à l’autonomie technologique, et que le secteur a besoin d’investissements, de règles équitables et d’une stratégie industrielle commune.

Les PDG de Tim, WindTre, Fastweb+Vodafone, Retelit et Iliad ont souligné que les marchés publics, la consolidation du marché et le développement d’un écosystème européen du cloud et de l’IA sont des leviers clés pour renforcer la compétitivité et la sécurité du continent. La capacité des opérateurs télécoms à investir et à opérer dans un environnement concurrentiel équitable est essentielle. Parallèlement, il est indispensable de résoudre des problèmes concrets directement liés au secteur des télécoms, comme le renouvellement des fréquences.
Pietro Labriola, PDG de Tim, a salué les initiatives européennes en matière de souveraineté numérique, en particulier le « Cloud Development Act », estimant qu’elles tentent de réduire les dépendances critiques. Il a jugé positive l’utilisation par l’UE des leviers des marchés publics pour encourager le cloud et l’IA en tant qu’industrie européenne. Labriola a souligné que les opérateurs télécoms manquent eux-mêmes de capacités d’investissement dans le cloud et l’IA, et qu’utiliser les marchés publics comme accélérateur est la bonne direction, mais qu’il faut agir immédiatement sous peine de perdre des opportunités. Il a évoqué le domaine satellitaire, prévoyant que d’ici 2031, l’orbite terrestre basse sera saturée de satellites non européens. Labriola estime que Tim, disposant du plus grand nombre de centres de données parmi les opérateurs, peut jouer un rôle, mais que la stratégie de l’ensemble de l’écosystème télécoms et de l’UE est plus importante. Il a averti que si les télécoms n’investissent pas, les hyperscalers du cloud le feront, créant ainsi des problèmes de souveraineté.
Concernant la qualité des réseaux, Labriola prédit que les clients réaliseront que les offres actuelles reposent sur le principe du « meilleur effort », mais qu’avec l’émergence de services pilotés par l’IA, une connectivité premium sera nécessaire, permettant aux opérateurs télécoms de générer des profits, et qu’il est normal que les utilisateurs paient un prix raisonnable pour une connectivité de qualité.
Benoit Hanssen, co-PDG de Wind Tre, a souligné que la véritable transition habilitante pour l’avenir des télécoms est le passage à la 5G autonome (SA). Wind Tre a achevé ce processus et est désormais l’opérateur capable d’offrir pleinement les services de nouvelle génération, avec des premières applications incluant des solutions de « network slicing » pour les Jeux Olympiques d’hiver. Cependant, Hanssen s’inquiète de l’incertitude entourant le renouvellement des fréquences, estimant que sans visibilité sur les délais et les coûts, les investissements à long terme sont difficiles à maintenir. Il appelle à un cadre clair et prévisible, et suggère que les économies réalisées sur les licences soient immédiatement réinvesties dans les réseaux. Il salue les progrès du gouvernement actuel concernant l’augmentation des limites d’exposition aux rayonnements électromagnétiques, mais souligne la nécessité de résoudre des problèmes comme la taxe municipale unique.
Renna, PDG de Vodafone + Fastweb, a souligné l’importance cruciale des infrastructures télécoms pour le développement numérique, notant que le paradigme du trafic réseau change, avec une forte croissance du trafic montant due à l’IA. Il insiste sur les problèmes de souveraineté : le cloud et l’IA sont aujourd’hui dominés par des fournisseurs non européens, et les services peuvent être interrompus soudainement. Les opérateurs télécoms, qui possèdent déjà les réseaux, la puissance de calcul et les centres de données, peuvent développer l’écosystème numérique dont l’Europe a besoin, leur nouveau rôle étant de réaliser l’indépendance technologique du continent. Renna estime qu’être compétitif sur l’ensemble de la pile numérique nécessite une plus grande échelle, et que l’UE devrait favoriser la consolidation. Concernant le « Cloud Act » européen, Renna juge la direction bonne, mais estime qu’il faut des règles plus équitables et plus symétriques que celles applicables aux acteurs OTT.
Jorge Alvarez, PDG de Retelit, a réaffirmé qu’il est impossible d’investir sans profit. Il estime que les opérateurs télécoms souffrent d’un ARPU trop bas, combiné à une fragmentation et une réglementation stricte, et que les législateurs doivent intervenir pour soutenir le secteur, en permettant des investissements à long terme via un cadre réglementaire stable. Alvarez souligne que pour Retelit, la souveraineté signifie offrir des services cloud compétitifs, dont les éléments clés sont la rapidité, un coût énergétique durable et la viabilité économique. L’Europe a besoin d’une feuille de route rapide pour développer un écosystème intégré composé de centres de données, de connectivité et de cloud. Il insiste sur l’importance des réseaux fibrés qui soutiennent l’ensemble du système, et sur la nécessité d’éviter les doubles investissements et de promouvoir le partage des réseaux.
Benedetto Levi, PDG d’Iliad Italia, a souligné l’importance stratégique du partage des réseaux, citant l’exemple de Zefiro Net, une coentreprise créée en 2023 avec WindTre, visant à accélérer la couverture 5G dans les zones rurales mal desservies et à améliorer l’efficacité des investissements. Levi estime que le partage réduit dans une certaine mesure la différenciation des infrastructures, mais que les avantages de la couverture génèrent des retombées positives sur la productivité et les clients. Il note que la différenciation ne réside plus dans le réseau, mais dans la simplicité, la transparence et la capacité à répondre aux besoins des clients. Dans le partage des réseaux, les partenaires doivent maintenir un niveau approprié d’autonomie stratégique, et le spectre radioélectrique doit être réparti équitablement entre les opérateurs. Levi a indiqué qu’Iliad investit depuis des années dans tous les maillons de la chaîne de valeur européenne de l’IA, avec plus de 3 milliards d’euros déjà investis, et contribue au renforcement de la souveraineté européenne via Scaleway (un opérateur européen de cloud public et d’IA), détenu à 100 %. Scaleway a annoncé l’ouverture d’une région cloud à Milan, en Italie, et a été sélectionnée par l’UE pour participer à l’initiative « Cloud Dynamic Systems ».
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