fr.wedoany.com Rapport : Une équipe de recherche dirigée par la professeure adjointe Roxana Sühring, docteure au Département de chimie et de biologie de l’Université métropolitaine de Toronto (Toronto Metropolitan University, TMU), a découvert que les concentrations de substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) dans les effluents des stations d’épuration municipales sont généralement bien supérieures à celles des eaux entrantes, car les installations de traitement standard agissent involontairement comme des transformateurs chimiques. Lors du séminaire sur les PFAS organisé par la TMU, la docteure Sühring a présenté les données analytiques de son laboratoire des contaminants émergents (Emerging Contaminants Lab), révélant le mécanisme chimique sous-jacent à ce phénomène.
La docteure Sühring a souligné que les stations d’épuration sont des récepteurs de PFAS, et non des technologies de destruction. Ses recherches montrent que les étapes standard de traitement biologique et chimique démasquent en réalité des composés précurseurs cachés, créant ainsi un angle mort analytique considérable. Elle explique que les véritables responsables sont une classe de substances appelées précurseurs de PFAS, généralement des molécules fluorées complexes et brevetées, largement utilisées dans les produits de consommation, les produits pharmaceutiques et les pesticides. Comme ces précurseurs ne figurent pas sur les listes standard de surveillance réglementaire, ils sont difficiles à détecter lorsque les eaux entrantes arrivent pour la première fois à l’usine de traitement. Lorsque ces précurseurs pénètrent dans l’environnement microbien des boues activées aérobies, les bactéries ne peuvent pas rompre les liaisons carbone-fluor, mais elles décomposent la structure organique autour des molécules précurseurs, les taillant en acides perfluoroalkylés (PFAAs) terminaux stables et de petite taille, tels que le PFOA et le PFOS. Comme les laboratoires commerciaux ne détectent que ces composés terminaux, le processus de traitement semble générer des PFAS, alors qu’il ne fait que retirer le camouflage chimique.
Les données clés présentées dans l’exposé de la docteure Sühring révèlent deux lacunes majeures dans la manière dont l’industrie suit actuellement les PFAS. En utilisant une spectrométrie de masse à haute résolution non ciblée avancée combinée à des tests standard traditionnels, son laboratoire a évalué les effluents finaux de plusieurs stations d’épuration canadiennes. Premièrement, la surveillance traditionnelle se concentre principalement sur les PFAS à longue chaîne hérités, comme les chaînes C7 et C8, mais ces composés classiques ne représentent qu’environ 10 % des PFAS détectés dans les effluents finaux canadiens ; en réalité, plus de 70 % sont des PFAS à chaîne ultra-courte et courte, avec des longueurs de chaîne C4 à C6. Deuxièmement, une analyse du bilan massique comparant les PFAS ciblés au fluor organique total extractible a révélé que les tests ciblés standard dans les eaux usées traitées n’expliquent que moins de 10 % du fluor organique, et seulement environ la moitié dans les biosolides. Une grande partie des 90 % restants est constituée de substances à chaîne ultra-courte très mobiles, comme l’acide trifluoroacétique (TFA), provenant généralement de la dégradation des produits pharmaceutiques et des pesticides, et qui devraient faire l’objet d’un examen réglementaire mondial d’ici 2030.
Ces données ont des implications importantes pour les organismes de gestion de l’eau au Canada. Les méthodes de traitement terminal traditionnelles, comme le charbon actif en grains (CAG) ou les résines échangeuses d’ions standard, sont très inefficaces pour capturer les composés à chaîne ultra-courte très mobiles. En raison des propriétés de partition des PFAS, les substances à chaîne courte, très solubles, restent dans l’eau et contaminent les effluents, tandis que les substances à chaîne longue s’attachent à la matière organique, menaçant la réutilisation bénéfique des biosolides. La docteure Sühring recommande que l’industrie ne se fie pas à une liste fixe de 20 ou 30 composés ciblés, mais adopte des outils plus larges, comme l’analyse des précurseurs totaux oxydables (TOP) ou le suivi du fluor organique total (TOF), afin d’obtenir une base de référence réelle de ce qui entre dans les systèmes municipaux. Alors que les directives sur l’eau potable de Santé Canada fixent une limite stricte de 30 ng/L pour la somme de 25 PFAS, et que l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) impose une limite provisoire de 50 ppb pour le PFOS dans les biosolides, comprendre la chimie cachée de la transformation des précurseurs est devenu une nécessité opérationnelle.
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