La Guinée annonce l'interdiction d'exporter de l'or non transformé
2026-07-02 11:22
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fr.wedoany.com Rapport : Le président guinéen Mamadi Doumbouya a annoncé l'interdiction immédiate de l'exportation d'or non transformé, exigeant que tout l'or soit raffiné, certifié et transformé localement avant d'être exporté. Les opérateurs non conformes s'exposent à la révocation de leurs licences et à la résiliation de leurs contrats. Il s'agit de l'un des ajustements les plus radicaux de la politique minière jamais mis en œuvre par la Guinée, visant à renforcer le raffinage local et à tirer davantage de valeur de l'industrie aurifère.

Or au Cameroun – Oriole Resources

Le ministre guinéen des Mines, Bouna Sylla, a déclaré à Reuters que l'interdiction d'exporter de l'or s'inscrit dans une stratégie plus large visant à positionner le pays comme un centre régional de transformation de l'or. La raffinerie d'or Nimba Gold Refinery, actuellement en construction dans le district de Gbessia à Conakry, aura une capacité initiale de 530 tonnes par an, pour un investissement de 30 millions de dollars, et ses opérations commerciales devraient débuter ce mois-ci. En 2025, la production aurifère de la Guinée était d'environ 2,32 millions d'onces (soit environ 72 tonnes), ce qui signifie qu'en théorie, la capacité de raffinage est suffisante pour couvrir la production. Cependant, l'interdiction est déjà en vigueur, et le véritable défi réside dans la capacité du pays à mettre la raffinerie en service le plus rapidement possible.

La Guinée fait partie des nombreux pays africains qui cherchent à développer la transformation en aval des minerais. Le Zimbabwe a imposé plus tôt cette année des restrictions à l'exportation de matières premières et de concentrés de lithium afin d'accélérer la transformation locale, mais les mineurs ont ensuite fait pression pour un report jusqu'à ce qu'une capacité de raffinage suffisante soit établie. Le Ghana s'est fixé pour objectif d'interdire l'exportation d'or non transformé d'ici 2030. Kenneth Ashigbey, président de la Chambre des Mines du Ghana, a indiqué que le gouvernement exigeait que les sociétés minières vendent 30 % de leur production de doré à la Commission de l'Or pour le raffinage local, alors qu'auparavant, seulement 20 % de l'or était vendu sous forme de lingots à la Banque du Ghana. Ces exemples montrent que les interventions politiques peuvent modifier les comportements du marché, mais le succès dépend en fin de compte de la préparation des infrastructures et de la capacité d'exécution.

Le véritable défi pour la Guinée est de formaliser les flux d'or, en particulier ceux provenant de l'exploitation artisanale et à petite échelle. En 2025, le pays a exporté un total de 69,3 tonnes d'or, dont 49,6 tonnes issues de la production artisanale et à petite échelle, et 19,9 tonnes de la production industrielle. La majeure partie de l'or artisanal circule par des réseaux informels, et on estime que 50 tonnes sont déjà perdues chaque année en raison des failles aux frontières, ce qui complique l'application de l'interdiction. Le coût du raffinage local constitue également un défi. Ashigbey a souligné que le coût du raffinage de l'or pour les mineurs était auparavant compris entre 0,04 % et 0,2 %, mais qu'il est désormais passé à 0,55 % pour le raffinage local, ce qui oblige les grandes sociétés minières à supporter des coûts supplémentaires considérables. L'approvisionnement en électricité est un autre facteur limitant. La Banque mondiale estime que d'ici 2028, 700 mégawatts de capacité électrique seront nécessaires rien que pour soutenir les opérations minières. Les efforts de raffinage dans le secteur de la bauxite consomment déjà une capacité limitée, et la State Power Investment Corporation (SPIC) de la Chine a dû inclure une centrale électrique de 250 mégawatts dans son accord sur l'alumine pour garantir l'approvisionnement. Bien que les besoins en électricité pour le raffinage de l'or soient bien inférieurs à ceux de la fusion de l'alumine, la raffinerie Nimba devra encore se faire une place dans un réseau électrique de plus en plus tendu.

L'interdiction de l'or en Guinée devrait remodeler la chaîne de valeur du secteur minier du pays et libérer de nouveaux investissements dans le raffinage, les infrastructures et les services en aval. Cependant, le succès de cette politique dépendra davantage de la capacité d'exécution que de l'ambition politique, notamment de la capacité à mettre en service la capacité de raffinage le plus rapidement possible, à formaliser l'offre artisanale et à faire respecter la conformité sans interrompre les exportations. La Chambre des Mines de Guinée a refusé de commenter.

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