Cinq pays, dont l’Allemagne, s’engagent à construire un centre éolien de 100 GW en mer du Nord
2026-06-15 16:33
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fr.wedoany.com Rapport : L’OTAN intègre les énergies renouvelables dans l’exploitation de ses bases militaires afin de réduire sa dépendance aux lignes d’approvisionnement en carburant, une décision motivée principalement par des besoins tactiques plutôt que par des considérations environnementales. Bien que le président américain Donald Trump soit sceptique quant à l’Alliance et au changement climatique, et qu’il scande le slogan « drill, baby, drill », les états-majors européens simulent depuis des années le remplacement des générateurs diesel bruyants et vulnérables par des panneaux solaires et des éoliennes. Dans les zones de conflit comme l’Afghanistan, l’Irak et la région du Sahel, la protection des convois de camions-citernes coûte des milliards de dollars et entraîne la mort ou la blessure de centaines de soldats.

Une étude publiée par le Centre d’excellence de l’OTAN pour la sécurité énergétique (NATO Energy Security Centre of Excellence), basé en Lituanie, indique que l’approvisionnement énergétique des futures bases militaires est en pleine mutation. Bien que les générateurs diesel soient puissants, ils présentent des vulnérabilités logistiques, tandis que les énergies renouvelables offrent une alternative plus sûre et autonome. Selon ce modèle, une base militaire intégrant des énergies vertes pourrait permettre une « réduction significative des importations de carburant », une « amélioration de 20 % de l’efficacité énergétique » et une « augmentation de 35 % de l’autonomie énergétique ». L’institution prévoit qu’à l’avenir, l’électrification généralisée des bases et l’utilisation massive d’énergies renouvelables deviendront la norme, et que les panneaux solaires, complétés par des micro-éoliennes, pourraient constituer la prochaine solution sur site. Par le passé, l’importation de pétrole depuis des pays hostiles servait de « monnaie d’échange », tandis que la guerre en Iran et le blocus du détroit d’Ormuz ont mis en lumière la dépendance vulnérable de l’Europe aux importations de pétrole en provenance de régions hostiles.

Basé à Bruxelles, le groupe de réflexion E3G a publié un rapport intitulé « Empowering Europe: Delivering the security and economic benefits of clean energy in the North Seas » (Donner les moyens à l’Europe : offrir les avantages sécuritaires et économiques de l’énergie propre en mer du Nord). Le sommet de l’OTAN de 2025 a convenu que les États membres pourraient consacrer 1,5 % de leur PIB à des dépenses de sécurité plus larges. Le rapport suggère qu’une partie de ces fonds pourrait être utilisée pour construire et protéger les infrastructures éoliennes offshore en mer du Nord ou dans la mer Baltique. Dans le contexte d’un conflit avec la Russie, ces parcs éoliens ne sont pas seulement des actifs clés, mais pourraient également devenir des « actifs sécuritaires » pour l’Alliance grâce au financement de la défense.

Le 26 janvier 2026, les dirigeants européens se sont engagés lors du sommet de Hambourg à accélérer la coopération en matière d’éolien en mer du Nord afin de garantir l’approvisionnement énergétique et d’éviter une dépendance au gaz russe. L’Allemagne, la Norvège, la France, le Danemark et le Royaume-Uni ont signé une déclaration commune prévoyant la création du « plus grand centre d’énergie propre au monde », d’une capacité totale de 100 GW, capable de répondre aux besoins électriques de 100 millions de foyers. Le commissaire européen à l’énergie a clairement indiqué à cette occasion qu’il ne permettrait pas à la Russie d’utiliser l’énergie comme moyen de pression contre l’Europe.

Ce rapport d’E3G, élaboré en collaboration avec les gouvernements, l’industrie et la société civile, préconise une approche de « sécurité par la conception » (security by design) pour construire de nouvelles infrastructures à « double usage », servant à la fois à la production d’électricité et à la surveillance et à la protection, tout en modernisant les équipements de sécurité des parcs éoliens existants pour renforcer les capacités de détection des menaces. L’Europe possède un avantage industriel dans le domaine de l’éolien offshore, avec des fabricants comme Siemens Energy et Vestas contrôlant près de 40 % de la part de marché mondiale des éoliennes offshore complètes. Le rapport souligne que si les pays de la mer du Nord coordonnent leurs calendriers d’enchères et approuvent un plan d’espace énergétique d’ici 2027, ils pourront garantir la demande nécessaire et maintenir leur avance industrielle face à la Chine ou aux États-Unis.

Image : Eurelectric

Les critiques mettent en garde contre les risques de cette transition, craignant que la transition écologique ne devienne un simple accessoire de la défense, conduisant à un « verdissement du militarisme ». Ils redoutent que l’agenda vert ne serve finalement qu’à des fins géostratégiques et opérationnelles, au détriment de la protection de la biodiversité et de la justice climatique, et qu’il ne masque les impacts sociaux et environnementaux de l’expansion minière nécessaire à l’extraction de matières premières comme le lithium, le cuivre et les terres rares pour les batteries et les turbines. Un porte-parole de l’OTAN, interrogé par POLITICO, a expliqué qu’en diversifiant les sources et les routes d’approvisionnement énergétique dont dépend l’Alliance, notamment par l’utilisation de carburants alternatifs, on améliore la préparation opérationnelle et la résilience face aux risques, tout en réduisant la dépendance extérieure. En dehors de l’Occident, des puissances militaires comme l’Inde prennent également des mesures similaires dans le contexte de la guerre en Iran et de la hausse des prix du pétrole, notamment en prévoyant de remplacer le gaz naturel des cuisinières par du biogaz, en explorant l’utilisation de carburants verts pour leurs véhicules et en équipant leurs installations de panneaux solaires et d’éoliennes. Le pari des militaires sur les énergies renouvelables pourrait accélérer la décarbonation plus efficacement que les discours purement environnementalistes.

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