fr.wedoany.com Rapport : Le projet de restauration de la Colline du Parlement à Ottawa, capitale du Canada, illustre l’application des outils numériques dans la conservation du patrimoine culturel. Lors de la restauration de l’aile Est (The East Block), construite en 1865, la sculpture numérique sur pierre a été utilisée pour traiter des matériaux historiques, améliorant ainsi la précision et l’efficacité des travaux.

Le ministère des Services publics et de l’Approvisionnement du Canada (SPAC) a découvert un bas-relief en grès en dégradation sur la façade nord de l’aile Est, au-dessus de l’entrée menant à la cour de l’aile de 1910. Ce relief, sculpté dans du grès de Berea, mesure 1 725 mm × 1 120 mm et représente un hibou perché parmi des chardons. En raison d’une orientation verticale des couches de pierre lors de la sculpture, au lieu d’une orientation horizontale, l’œuvre s’est gravement détériorée. Le remplacement de cette sculpture a été considéré comme une opportunité de recherche. Le sculpteur fédéral Phil White, en collaboration avec la Direction de la conservation du patrimoine (DCP) et le Carleton Immersive Media Studio (CIMS) de l’Université Carleton à Ottawa, a proposé un processus de travail pour remplacer le relief, dont la méthodologie a été publiée dans un article.
L’équipe a d’abord testé différents éléments architecturaux pour évaluer les techniques d’acquisition numérique telles que la photogrammétrie et le balayage laser. Dans la fabrication numérique d’éléments architecturaux tridimensionnels du patrimoine, un modèle 3D idéal doit minimiser le bruit et posséder une haute étanchéité à l’eau, afin d’éviter des textures trompeuses ou la nécessité de réparer manuellement les trous dans un logiciel 3D, ce qui pourrait entraîner des résultats inexacts.
Le modèle 3D original du bas-relief a été acquis par photogrammétrie il y a plusieurs années. L’équipe a utilisé ce fichier numérique pour fraiser une réplique de la sculpture sur une mousse de polyuréthane haute densité servant de base, puis l’a confiée au sculpteur Dominion, qui a appliqué une couche d’argile sur les zones érodées ou détachées afin de garantir l’authenticité artistique et historique. Le modèle restauré a été numérisé à l’aide d’un scanner laser portable. À partir du nouveau maillage polygonal, l’équipe a créé un ensemble de données et l’a transmis à un bras robotisé à six axes, qui a fraisé le modèle dans un bloc de grès de 2 200 kg, avec un écart de surface inférieur à 2 mm par rapport au design. Ensuite, le sculpteur fédéral a ajouté manuellement les derniers détails, tels que les textures de surface, les marques de ciseau et les expressions subtiles.

Le sculpteur fédéral a également collaboré avec le CIMS et la DCP pour sculpter les armoiries des provinces canadiennes pour la nouvelle salle du Sénat. Le travail a été réalisé en partie manuellement et en partie assisté par robot, en utilisant des panneaux de mousse de polyuréthane haute densité. M. White a d’abord sculpté un prototype, ce qui a pris environ six mois, puis les experts du CIMS l’ont numérisé pour construire un modèle 3D par photogrammétrie. La fraiseuse robotisée, guidée par ce modèle numérique, a réalisé une ébauche de la copie, que M. White et ses deux assistants ont ensuite affinée manuellement en ajoutant les détails et les textures.


Le processus assisté par le numérique n’a pas remplacé les artisans, mais a étendu leurs capacités. Il a réduit le temps et les risques liés à la manipulation des pièces originales fragiles, et a permis une précision et une reproductibilité difficiles à atteindre avec des méthodes manuelles, créant ainsi un flux de travail hiérarchisé, fondé sur le savoir-faire et enrichi par le calcul.


Ces exemples ne sont pas isolés. La Sagrada Familia à Barcelone, en Espagne, utilise la sculpture contrôlée par robot depuis 1988. Après l’incendie dévastateur de 2019, les architectes chargés de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris ont utilisé des données de balayage laser préalablement collectées par des historiens de l’art pour créer un modèle d’information du bâtiment (BIM) afin de guider la reconstruction. Le projet de restauration de l’édifice du Centre au Canada explore également l’intégration du BIM dans le processus de restauration pour améliorer la coordination entre sculpteurs sur pierre, architectes, historiens et ingénieurs.

Ces exemples montrent que les restaurations assistées par des technologies telles que la sculpture sur pierre contrôlée par robot ont une valeur d’application à l’échelle mondiale. La fusion du balayage, de la modélisation et de la sculpture robotisée passe d’un outil de documentation à un participant dans le processus de fabrication, avec pour objectif non pas de remplacer les techniques traditionnelles, mais d’améliorer la capacité à relever les défis modernes. Alors que les bâtiments historiques continuent de vieillir, ces technologies ont le potentiel de devenir des outils importants dans les pratiques de conservation du patrimoine au XXIe siècle.











