fr.wedoany.com Rapport : La Chambre des députés brésilienne a approuvé le programme de développement industriel des engrais (Profert), visant à remédier à la dépendance structurelle de l'agriculture nationale vis-à-vis des engrais importés, mais les acteurs du secteur restent sceptiques quant à la capacité de ces mesures à se traduire par une stratégie de production à long terme.

Les représentants de l'industrie des engrais ont salué ce programme, estimant que son diagnostic est pertinent : la sécurité de l'approvisionnement en engrais de l'un des plus grands exportateurs mondiaux de céréales ne devrait pas être excessivement soumise aux fluctuations des marchés internationaux ou aux événements géopolitiques. Cependant, les évaluations du secteur indiquent que ce sujet n'attire généralement l'attention qu'en période de crise. Le plan national pour les engrais a été lancé en 2022, au moment où la guerre en Ukraine perturbait le commerce mondial des matières premières ; actuellement, les prix internationaux des matières premières sont sous pression, et les tensions au Moyen-Orient ramènent le débat au centre de l'agenda politique. Les acteurs du secteur estiment que ce phénomène récurrent montre que les discussions sur la souveraineté de production restent fortement liées aux chocs internationaux, plutôt que d'être nécessairement intégrées dans la planification industrielle à long terme du pays.
Alors que le Profert progresse, les coûts de production nationaux restent élevés. Selon les représentants de la chaîne de valeur des engrais, l'industrie brésilienne, qui supporte déjà une structure de coûts plus élevée que certains marchés internationaux, est actuellement confrontée à une pression supplémentaire due à la hausse des prix du soufre (enxofre). Le soufre, matière première essentielle pour la production d'engrais phosphatés, a atteint un prix historique de plus de 1 250 dollars la tonne sur le marché international. L'objectif d'incorporation obligatoire d'engrais nationaux gagne en dynamisme précisément au moment où le coût des matières premières rend la production locale économiquement non viable.
Les acteurs du secteur estiment que le maintien de la production nationale ne concerne pas seulement les entreprises d'engrais, mais aussi d'autres maillons de la chaîne agricole. Dans un contexte de coûts élevés, de taux d'intérêt élevés et de défis financiers pour les producteurs ruraux, l'approvisionnement en engrais est devenu un facteur important. La principale question est de savoir si le Profert pourra produire des effets structurels à la hauteur de ses objectifs. La construction de nouvelles installations industrielles, l'expansion des capacités et l'attraction d'investissements nécessitent des cycles de planification de plusieurs années, tandis que les mesures d'incitation d'urgence répondent généralement à des besoins à court terme et ont une durée de validité limitée.
Le projet de loi n° 699/23, adopté par la Chambre des députés, prévoit des crédits d'impôt, des lignes de financement, un soutien à la modernisation et à l'expansion des usines, ainsi que la création d'un fonds dédié au développement de l'industrie des engrais pour les entreprises certifiées. Le projet fixe des objectifs progressifs de taux minimum d'incorporation d'engrais nationaux : 2 % à partir de 2027, pour atteindre 10 % d'ici 2037, avec la possibilité d'augmenter en fonction de la capacité de production nationale. Outre les engrais minéraux traditionnels, la proposition inclut également des incitations pour les intrants biologiques, les biofertilisants et les reminéralisateurs, visant à accroître la participation de l'industrie nationale dans la chaîne d'approvisionnement agricole.
Ce texte s'inscrit dans le cadre plus large des discussions à Brasília concernant l'impact fiscal des mesures agricoles. Le gouvernement fédéral coordonne une offensive visant à limiter l'impact sur le budget des propositions parlementaires, notamment la restructuration de la dette rurale, l'augmentation des ressources pour l'assurance agricole, le Profert et les modifications de projets liés aux avantages fiscaux. Ce contexte fait que le Profert est examiné sous plusieurs angles : industriel, productif, politique et fiscal. Le plan est désormais retourné au Sénat, qui doit examiner les modifications apportées par la Chambre des députés pour finaliser le processus.
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