fr.wedoany.com Rapport : L’Allemagne cherche à assurer son approvisionnement énergétique à long terme via le projet canadien de gaz naturel liquéfié (GNL), afin de réduire sa dépendance aux marchés mondiaux volatils et de diversifier ses sources d’énergie, s’éloignant ainsi du Moyen-Orient et de la Russie.
Fin mai, le gouvernement canadien a facilité un accord entre l’installation de GNL Ksi Lisims, prévue au nord de Prince Rupert en Colombie-Britannique, et la société allemande SEFE. Selon cet accord, SEFE s’engage à acheter 1 million de tonnes de GNL par an pendant 20 ans. Ksi Lisims LNG est une coentreprise détenue par la Nation Nisga’a, la société texane Western LNG et le consortium de producteurs de gaz canadiens Rockies LNG. Cet accord marque la première entente d’approvisionnement à long terme en GNL entre un projet canadien et un acheteur européen.
Le 8 juin, un deuxième accord préliminaire a été annoncé. L’allemand Uniper a signé une lettre d’intention avec Ksi Lisims LNG pour un éventuel contrat d’achat de 2 millions de tonnes de GNL par an. L’installation, d’une capacité annuelle de 12 millions de tonnes, pourrait commencer sa construction en 2027, mais devra surmonter des obstacles majeurs.
Le premier obstacle est la décision finale d’investissement (DFI). Pour obtenir cette DFI, Ksi Lisims doit démontrer une demande suffisante pour lancer la construction. La coentreprise a déjà signé des contrats d’achat contraignants avec Shell (NYSE : SHEL) et TotalEnergies. Avec SEFE et Uniper, les engagements annuels atteignent 7 millions de tonnes. Ce projet de 10 milliards de dollars fait également face à des défis politiques et juridiques concernant l’impact environnemental de l’augmentation de la production et du transport du gaz. La Cour suprême de la Colombie-Britannique a reçu deux pétitions contestant la décision du gouvernement provincial de l’année dernière de déclarer le « Pipeline de gaz naturel de Prince Rupert » comme étant « substantiellement en cours », un pipeline approuvé en 2014 avec une date limite de début de construction prolongée jusqu’en 2024. La construction a commencé en 2024, mais le pipeline n’est pas encore terminé.
Un problème plus important est de savoir comment Ksi Lisims acheminera le GNL de la côte ouest canadienne vers l’Allemagne. Le chef de l’opposition, Pierre Poilievre, a déclaré que le transport depuis la côte est serait une meilleure option, mais la côte est du Canada ne dispose actuellement d’aucune usine d’exportation de GNL en activité, seulement une installation d’importation et de pointe de Repsol au Nouveau-Brunswick. La seule grande installation de GNL en activité est LNG Canada à Kitimat, dont la première phase a été achevée en 2025. Le ministre canadien de l’Énergie a indiqué que le transport des produits par voie maritime (canal de Panama) est moins coûteux que le paiement de péages par pipeline.
En réalité, l’Allemagne pourrait ne jamais recevoir directement de GNL de Ksi Lisims. Au lieu de cela, les entreprises allemandes pourraient adopter le concept d’échange de cargaisons, de plus en plus courant sur le marché du GNL. Selon EnergyNow, via le Financial Post, le fonctionnement est le suivant : une entreprise achète du GNL puis le revend à des acheteurs sur les marchés japonais, sud-coréen, taïwanais ou autres marchés asiatiques, tout en recevant du GNL de fournisseurs plus proches de l’Europe, comme les États-Unis, le Qatar, l’Algérie ou la Norvège. Cette pratique réduit les coûts de transport, diminue les délais, atténue les risques de congestion, tout en maintenant le même équilibre global de l’approvisionnement en gaz. C’est déjà ainsi que des acteurs majeurs du GNL comme Shell, TotalEnergies, BP et SEFE gèrent leurs chaînes d’approvisionnement mondiales, les contrats de GNL représentant de plus en plus un droit d’accès aux molécules, plutôt qu’un engagement à transporter des molécules spécifiques d’un endroit à un autre.
Reuters a précédemment rapporté que les acheteurs allemands s’intéressent de plus en plus à l’obtention de cargaisons de GNL canadien, notamment parce qu’ils peuvent les échanger sur le marché mondial. Le ministre canadien de l’Énergie, Tim Hodgson, a souligné que même si le combustible est finalement consommé ailleurs, les acheteurs européens considèrent la détention de positions en GNL canadien comme précieuse. Selon EnergyNow, les contrats de GNL canadien offrent un approvisionnement provenant d’une démocratie stable, réduisent les risques de perturbations politiques, diversifient les fournisseurs uniques et offrent une sécurité contractuelle à long terme.
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