fr.wedoany.com Rapport : La Commission européenne prévoit d'étendre, à partir de 2029, le système d'échange de quotas d'émission (ETS) du secteur aérien aux vols au départ de l'aéroport de Francfort dont la destination se situe dans un rayon de 5 000 km. Il s'agit de la première tentative de l'UE d'inclure des routes hors d'Europe dans son système de contrôle des émissions de carbone.

Selon la proposition de la Commission européenne, le système ETS, actuellement applicable uniquement aux vols intra-UE, couvrira à partir de 2029 tous les vols au départ de Francfort dont le point d'atterrissage se situe dans un rayon de 5 000 km autour de cet aéroport. Cette zone couvre de nombreuses destinations en Afrique et en Asie, mais exclut explicitement des marchés clés à l'étranger comme les États-Unis, la Chine et l'Inde.
Un porte-parole du groupe Lufthansa a salué ce projet, estimant qu'il s'agit de la première fois que l'UE aborde sérieusement la distorsion de concurrence entre les compagnies aériennes européennes et non européennes. Le choix du rayon de 5 000 km n'est pas arbitraire ; il englobe tous les grands hubs aériens de la région du Golfe Persique ainsi que l'aéroport d'Istanbul, en plein essor. Les compagnies aériennes basées dans ces régions, telles que Turkish Airlines, Emirates et Qatar Airways, attirent depuis des années les passagers en transit avec des prix avantageux, captant ainsi une part importante du marché des routes asiatiques au détriment des transporteurs européens.
En revanche, les États-Unis, l'Inde et la Chine sont exclus du champ d'application du plan. Ces pays s'étaient vivement opposés au système d'échange de quotas d'émission de l'UE en 2012, le jugeant comme une atteinte à leur souveraineté nationale et menaçant de prendre des contre-mesures, telles que la restriction des droits de trafic. À l'époque, l'UE avait été contrainte de réduire considérablement son projet mondial d'ETS, le limitant aux vols intra-européens.
Avant la publication du projet, le lobby du transport aérien allemand BDL avait déjà averti que l'extension unilatérale du système d'échange de quotas d'émission pour l'aviation internationale par l'UE provoquerait inévitablement une forte réaction de la part d'autres pays. L'association s'est dite soulagée que la proposition n'étende pas le coûteux système d'échange à tous les vols au départ de l'Europe. Actuellement, les compagnies aériennes allemandes dépensent déjà environ 630 millions d'euros par an pour acheter des quotas d'émission.
Elmar Giemulla, expert en droit aérien, a souligné que si cette proposition est approuvée par le Parlement européen et les États membres de l'UE, les négociations avec les pays concernés (comme la Turquie et les Émirats arabes unis) seront extrêmement difficiles. Il estime que les accords aériens ont toujours été fondés sur le principe de réciprocité, et que le projet de l'UE de modifier unilatéralement les traités est audacieux, prévoyant que les pays concernés n'accepteront pas facilement. L'expert a également mentionné que des pays d'Afrique du Nord, comme l'Égypte et le Maroc, seraient touchés par la hausse des prix des vols de vacances, ce qui pourrait affaiblir leur activité touristique.
Le système d'échange de quotas d'émission de gaz à effet de serre (ETS) de l'UE est son principal outil de protection climatique, visant à inciter à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Selon les données de la Commission européenne, le secteur aérien représente environ 4 % des émissions totales de CO₂ de l'UE. Ce système attribue des quotas d'émission de CO₂ aux entreprises concernées et permet leur échange ou l'achat supplémentaire aux enchères. Le nombre de quotas disponibles diminue constamment, ce qui fait monter le prix du carbone et rend les investissements dans la protection climatique plus attractifs. La Commission propose également d'étendre ce système à tous les jets privés à l'arrivée et au départ.
Outre l'ETS, l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) a également mis en place un instrument volontaire mondial de protection climatique pour l'aviation (Corsia). La Commission européenne devrait soumettre, d'ici juillet 2032, un rapport sur le fonctionnement de ce système mondial de compensation, à la suite duquel le champ d'application de l'ETS pourrait être ajusté, soit en le réduisant à un nombre moindre de vols, soit en l'étendant à tous les vols internationaux au départ de l'UE.
L'Association du transport aérien international (IATA) a critiqué le plan de l'UE, le qualifiant de répétition d'une « erreur historique » qui provoquera de nombreux conflits. Willie Walsh, directeur général de l'IATA, a déclaré que ce plan ralentirait le processus mondial de décarbonation et nuirait à la compétitivité européenne. Ourania Georgoutsakou, responsable de l'association des compagnies aériennes européennes A4E, a demandé que les recettes de l'ETS soient entièrement réinvesties dans la réduction des émissions du secteur aérien. En revanche, la Fédération européenne pour le transport et l'environnement (T&E) a souligné que cette proposition ne taxe le carbone que pour 53 % du transport aérien européen, les vols les plus longs et les plus polluants étant toujours exclus. Anna Kominou, de la section allemande de T&E, a appelé le gouvernement allemand à soutenir la proposition et a exhorté à étendre progressivement son champ d'application afin que le secteur aérien paie pour toutes ses émissions.










