fr.wedoany.com Rapport : La société européenne de conception de puces SiPearl a réalisé le tape-out de son premier processeur Rhea1 et a bouclé un tour de financement de série A de 130 millions d'euros, tout en prévoyant de lancer un tour de série B de 200 millions d'euros pour accélérer sa feuille de route produit. Basée à Maisons-Laffitte, en France, le processeur Rhea1 de la société est conçu pour fournir la puissance de calcul essentielle à Jupiter, le premier supercalculateur exaflopique européen.
Ian Jenks, président du conseil d'administration de SiPearl, a déclaré lors d'une conférence de presse à Paris que l'Europe n'avait pas mis de CPU indépendant sur le marché depuis plus de 40 ans, et que le tape-out de Rhea1 était la première étape pour inverser cette tendance. Il a souligné qu'il s'agissait d'une question de sécurité et d'indépendance, dans la mesure où l'Europe ne peut pas compter sur le matériel américain pour traiter les données stratégiques.
Bien que Rhea1 soit fabriqué selon le procédé 6 nm de TSMC et ne soit pas 100 % autonome, SiPearl en possède le code et en connaît les détails internes. Ce processeur est destiné au calcul haute performance, aux centres de données, à l'intelligence artificielle, ainsi qu'à des secteurs clés tels que la défense, la sécurité et la recherche médicale. Philippe Notton, PDG et fondateur de SiPearl, a souligné que le calcul est devenu un actif fondamental, mais aussi une source potentielle de conflits et de contrôles à l'exportation.
Rhea1 a été spécifiquement développé pour répondre aux charges de travail HPC et d'inférence IA. Son boîtier d'intégration 2.5D contient plus de 61 milliards de transistors, avec 80 cœurs Arm Neoverse V1, chacun équipé de deux unités SVE 256 bits, et intègre quatre piles de mémoire haute bande passante HBM, pour une capacité totale supérieure à 64 Go. Notton a indiqué que cela signifie qu'un grand modèle de langage entier peut être stocké dans la puce, sans nécessiter de mémoire externe. Rhea1 sera disponible en échantillons début 2026, pourra fonctionner avec n'importe quel accélérateur tiers et bénéficiera d'un large support logiciel, de C/C++ à TensorFlow.

Les produits suivants, Rhea2 et Rhea3, seront déployés respectivement en 2027 et 2028, adoptant une architecture basée sur des chiplets et ciblant le marché des centres de données. Notton a révélé que Rhea2 et Rhea3 compteront environ 192 cœurs, dépassant les cœurs Arm Neoverse V3. Concernant le choix du jeu d'instructions, Notton a expliqué que les premières générations ont opté pour Arm car RISC-V n'est pas encore mature pour le HPC et les centres de données, et qu'Arm gère les brevets et garantit une protection juridique. Il estime que si l'Europe veut une véritable autonomie, elle doit développer son propre système, par exemple un RISC-VI, créé à partir de zéro pour éviter toute dépendance.
En matière de financement, SiPearl a été incubée par la Banque européenne d'investissement en 2018 et a reçu un total de 7,4 millions d'euros de subventions du programme Horizon 2020 à ses débuts. Le tour de série A totalise 130 millions d'euros, répartis en trois tranches : une première tranche de 90 millions d'euros en avril 2023 (incluant jusqu'à 25 millions d'euros d'obligations convertibles de la BEI), une deuxième tranche de 23 millions d'euros en décembre 2024 (dont 15 millions d'euros en actions et 8 millions d'euros en prêt vierge), et une troisième tranche de 32 millions d'euros, avec des investisseurs incluant l'EIC, le gouvernement français et la société de capital-investissement taïwanaise Cathay Venture, basée à Taipei. Notton a reconnu qu'il reste difficile de financer des startups de semi-conducteurs en Europe, et que le recours aux services de fonderie de TSMC et aux outils EDA est coûteux, le premier plateforme ayant coûté plus de 200 millions d'euros. La société prévoit de lancer officiellement son tour de série B début 2026, visant à lever 200 millions d'euros pour mettre en œuvre sa feuille de route 2026-2028. Jean-Luc Gilbert, directeur financier de SiPearl, a indiqué que la société envisage une introduction en bourse, mais pas avant 2027.
Notton a admis que la société a traversé des périodes difficiles, entrant même en phase de médiation cet hiver, avec un développement plus long que prévu, entraînant des dépenses imprévues et des retards de plusieurs mois. L'ensemble du processus a été un moment décisif, dont elle est finalement sortie relativement indemne.
Dans le domaine des supercalculateurs, selon le dernier classement TOP500, cinq supercalculateurs européens figurent parmi les dix premiers. Jupiter est le premier design remporté par SiPearl, exploité par le Centre de calcul intensif de Jülich, avec une puissance de calcul atteignant 1 exaflop FP64 par seconde. Son module cluster comprend plus de 1 300 nœuds équipés de processeurs Rhea1. En outre, SiPearl participe à des projets de recherche et d'innovation collaboratifs de l'UE tels que European Processor Initiative, Aero Project, Excellerat, Odissee, OpenCube-EU, MaX, Emopass, Plasma-Pepsc, Riser et Higher.
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