Le Parlement kényan examine actuellement un plan d'extension d'environ 1,7 milliard de dollars pour le chemin de fer à voie métrique, visant à prolonger la ligne existante de Nakuru vers le nord-ouest sur environ 640 kilomètres, jusqu'au champ pétrolifère de South Lokichar. Ce projet marque un changement stratégique majeur pour le Kenya, passant du transport par pipeline au transport ferroviaire pour l'exportation de son pétrole brut.

Ce projet d'extension découle du changement d'opérateur pour le développement du champ pétrolifère. La société britannique Tullow Oil, impliquée dans les phases initiales du développement de South Lokichar, avait planifié un projet de pipeline de 3,4 milliards de dollars, longtemps mis en suspens en raison de difficultés de financement et de retards réglementaires. En 2024, Tullow Oil, en proie à de lourdes dettes, a vendu tous ses actifs kényans à la société locale Gulf Energy. Cette dernière, reprenant le champ pétrolifère, a opté pour une solution ferroviaire, préconisant de remplacer le pipeline par le chemin de fer à voie métrique afin de redynamiser cette ligne centenaire.
Sur le plan technique, le gouvernement kényan privilégie le maintien de la voie métrique. Un rapport parlementaire indique que le chemin de fer à voie métrique peut mieux s'adapter au terrain complexe le long du tracé, minimisant ainsi les travaux de tunnel et réduisant significativement les coûts de construction. Selon les estimations, l'adoption d'une voie normale entraînerait des coûts supplémentaires d'environ 300 milliards de shillings kényans (environ 2,3 milliards de dollars). La ligne d'extension prévue, d'environ 640 km, reliera la ville de Nakuru au champ pétrolifère de South Lokichar, avec pour objectif une mise en service avant 2030.
Le rôle stratégique de cette ligne à voie métrique va bien au-delà du simple transport de pétrole brut. Outre le pétrole brut paraffinique, elle devrait à l'avenir transporter du clinker, du ciment et des ressources minérales. Cette diversification du fret permettra de réduire considérablement le coût unitaire de construction. En termes de planification opérationnelle, Gulf Energy adopte une stratégie en deux phases : pendant les quatre premières années, la production initiale du champ, d'environ 20 000 barils par jour, continuera d'être transportée par camions-citernes isothermes jusqu'aux ports côtiers ; une fois la capacité de production augmentée, le transport passera entièrement à des wagons-citernes ferroviaires isothermes équipés d'un système de chauffage à vapeur.
Ce projet d'extension s'appuie sur l'ancienne « Uganda Railway », construite entre 1896 et 1901. En 2017, la ligne standard à écartement normal Mombasa-Nairobi, construite par China Road and Bridge Corporation selon les normes chinoises, a été inaugurée. Aujourd'hui, ce chemin de fer à voie métrique centenaire pourrait être prolongé vers le nord depuis Nakuru jusqu'aux champs pétrolifères du nord-ouest du Kenya, devenant ainsi une nouvelle voie de transport pétrolier pour l'Afrique de l'Est. La nouvelle ligne ne se contenterait pas d'exporter le pétrole brut, mais pourrait également devenir un nouveau corridor stratégique permettant aux ressources de l'intérieur de l'Afrique de l'Est d'accéder à l'océan Indien.









